RÉSONANCES ET DIFFÉRENCES : LA PAROLE DES VÉCUS
- Nancy Demaret

- 21 déc. 2025
- 3 min de lecture

Ces derniers mois, au fil de plusieurs conversations, certaines phrases ont résonné en moi bien au-delà de l’échange lui-même.
“Je n’ai pas lu ton livre, mais j’ai vécu la même chose que toi”, ou encore “Tu penses que tu es la seule à avoir vécu ça ?!”.
Selon la personne qui les prononce, elles peuvent être dites avec ou sans mauvaise intention, mais pour moi, elles ont souvent pris la forme d’une minimisation, comme si ce que je partageais devait être relativisé ou remis dans une norme :
"Ce n’est pas si exceptionnel, d’autres ont vécu la même chose, tu n’es pas la seule !"
Nous cherchons souvent chez l’autre un écho à notre propre histoire. C’est humain. Lire un témoignage ou entendre un récit peut réveiller en nous l’envie de dire « moi aussi ». Et reconnaître des similitudes peut rassurer, apaiser, donner le sentiment d’appartenir à quelque chose de commun.
Mais lorsque cette identification devient une affirmation — « c’est la même chose » — elle peut, dans certains contextes, effacer la singularité de l’expérience en face de nous.
Un traumatisme ne se mesure pas et ne se compare pas !
Il ne se définit pas uniquement par les faits, mais par ce qu’ils ont laissé dans un corps, dans une mémoire, dans un système nerveux, dans une histoire personnelle.
Deux personnes peuvent traverser des événements semblables et en être marquées de façons profondément différentes.
Qu’il existe ou non une échelle de gravité de la souffrance, celle-ci reste avant tout une expérience intime. Même lorsque l’on tente de comparer, elle demeure profondément personnelle et difficile à hiérarchiser.
Dire « tu n’es pas la seule » peut parfois être entendu comme « ce n’est pas si grave ».
Dire « j’ai vécu la même chose » peut être reçu comme « je sais ce que tu ressens », alors que personne ne peut réellement habiter l’expérience intérieure d’un autre.
Ce décalage, même involontaire, peut créer une sensation de fermeture plutôt que de soutien.
Ce qui m’aurait aidée — et ce qui, je crois, aide souvent — ce ne sont pas des comparaisons, mais une présence.
Des mots simples, qui laissent l’espace intact : « je t’écoute », « je te crois », « ce que tu vis compte ».
Reconnaître qu’une histoire résonne en soi sans affirmer qu’elle est identique permet de rester en lien sans minimiser.
Se relier à l’autre ne demande pas de se comparer ni de se mesurer.
Cela demande surtout de la délicatesse, une attention aux mots que l’on choisit, et la conscience que chaque vécu mérite d’être accueilli pour ce qu’il est, sans être replacé dans une généralité.
Parfois, ne pas chercher à prouver que l’on comprend est précisément ce qui permet à l’autre de se sentir réellement entendu.
Peut-être que l’enjeu n’est pas de chercher à se reconnaître dans l’histoire de l’autre, mais d’apprendre à rester à côté, sans prendre la place.
Écouter sans comparer, accueillir sans mesurer, et laisser chaque récit exister pleinement, tel qu’il est.
Que la douceur accompagne vos paroles et vos silences, et que, simplement, vous restiez présents avec vous et les autres.
Prenez soin de vous.
Votre accompagnatrice de vie.
Nancy



